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Indicateurs ARPE 2026 : lire les écarts de revenu sans confondre course et activité

Les indicateurs ARPE 2026 mesurent le revenu par course et le revenu brut en course, non le revenu net : méthode pour réintégrer attente et charges.

Indicateurs ARPE 2026 : lire les écarts de revenu sans confondre course et activité

Fait daté : l'ARPE a publié le 22 avril 2026 son analyse des indicateurs d'activité des plateformes de VTC. Cette édition exploite les données publiées par neuf plateformes opérant en France métropolitaine et couvre la période 2021-2025. Elle ne décrit donc ni l'exercice 2026 en cours, ni l'ensemble des chauffeurs VTC, ni le compte d'exploitation d'une flotte particulière.

La difficulté de lecture tient au vocabulaire : « revenu par course », « revenu horaire brut » et « revenu ajusté à l'inflation » peuvent sembler proches d'un revenu professionnel réel. Ils répondent pourtant à des questions différentes. Pour passer de la statistique publique à une décision d'exploitation, il faut réintroduire l'attente, les kilomètres non facturés, les charges et les conditions propres à chaque plateforme.

Le revenu moyen par course mesure une prestation, pas une journée

Le revenu moyen par prestation correspond à la somme moyenne perçue par le chauffeur pour une course réalisée, calculée après déduction de la commission versée à la plateforme. Cet indicateur permet de suivre l'évolution de la valeur moyenne d'une prestation au sein d'un périmètre donné.

Il ne renseigne pas, à lui seul, sur le nombre de courses obtenues, la durée nécessaire pour les réaliser, l'approche du client, le repositionnement ou le temps sans proposition. Une hausse du revenu moyen par course peut donc coexister avec une stagnation, voire une baisse, du résultat par heure connectée.

Le revenu horaire ARPE est un revenu en course

L'ARPE calcule le revenu horaire brut en course en divisant le revenu moyen par prestation par la durée moyenne des prestations, puis en ramenant le résultat à une heure. La durée d'une prestation commence en principe à la prise en charge effective du client et se termine à son dépôt.

La limite décisive est explicitée par le rapport : le calcul repose sur le cas théorique d'un chauffeur continuellement en course, sans attente entre deux prestations. Il tend par conséquent à surestimer le revenu horaire réellement perçu. Il ne faut pas le recopier dans un prévisionnel sous l'intitulé « revenu par heure travaillée » ou « revenu net horaire ».

Trois indicateurs, trois lectures

  • Revenu moyen par prestation : le montant moyen perçu pour une course. Pour piloter l'activité, ajouter le volume de courses, la durée totale et les kilomètres associés.
  • Revenu horaire brut en course : le rapport entre revenu moyen et durée moyenne des courses. Pour piloter, ajouter l'attente, l'approche, le repositionnement et les interruptions.
  • Revenu horaire ajusté à l'inflation : l'évolution du revenu brut en course en euros constants. Pour piloter, ajouter les charges réelles, les prélèvements et l'évolution du coût d'exploitation.

L'inflation corrigée ne donne pas le revenu disponible

Le revenu horaire ajusté à l'inflation sert à comparer des valeurs nominales dans le temps en les exprimant en euros constants. Cette correction permet d'observer si le revenu brut en course évolue plus ou moins vite que l'indice retenu. Elle ne transforme pas l'indicateur en revenu net et ne constitue pas une garantie de pouvoir d'achat individuel.

Le rapport exclut notamment les cotisations sociales, le carburant ou l'énergie, l'entretien, l'assurance, l'amortissement du véhicule et l'impôt sur le revenu. Le revenu net effectivement disponible peut donc s'écarter fortement de l'indicateur ARPE, même après correction de l'inflation.

Publication légale et garanties conventionnelles : deux étages distincts

Depuis 2022, les plateformes concernées publient chaque année des données relatives au revenu et au temps d'activité des travailleurs indépendants auxquels elles font appel, et l'ARPE compile et analyse ces informations. Cette obligation de publication produit un outil de transparence sectorielle ; elle ne crée pas, par elle-même, un niveau de revenu garanti.

Les garanties issues du dialogue social relèvent d'un autre mécanisme, avec leurs propres définitions, décisions d'homologation et modalités d'application. Elles ne sont pas automatiquement identifiables dans une moyenne annuelle ARPE : un agrégat peut mêler des courses placées au niveau d'une garantie, d'autres situées au-dessus, ainsi que des durées et modèles économiques différents.

Pour contrôler l'application d'une garantie, il faut donc consulter la version consolidée de l'accord, la décision d'homologation applicable et le relevé détaillé de la plateforme. La publication du rapport le 22 avril 2026 n'a pas de date d'effet opérationnelle : elle analyse des données antérieures.

Une méthode de lecture pour chauffeurs et gestionnaires de flotte

  1. Fixer une période commune. Comparer les relevés individuels avec l'année réellement couverte par l'indicateur, sans traiter l'édition 2026 comme une photographie de 2026.
  2. Séparer les temps. Distinguer course, approche, attente entre propositions, repositionnement, pause et indisponibilité.
  3. Reconstituer le brut connecté. Rapporter les montants reçus au temps de connexion attribuable, avec une règle écrite lorsque plusieurs applications sont ouvertes simultanément.
  4. Affecter les coûts. Ajouter énergie, entretien, pneus, assurance, financement, nettoyage et autres charges selon une méthode stable.
  5. Segmenter. Comparer zone, créneau, type de clientèle et plateforme plutôt qu'une moyenne mensuelle unique.
  6. Documenter les écarts. Signaler les bonus, abonnements, redevances fixes ou contrats en direct lorsque leur traitement dans l'agrégat public n'est pas établi.

Les limites à conserver dans le tableau de bord

Le temps d'attente ARPE court jusqu'à la proposition suivante, qu'elle soit acceptée ou non ; il ne correspond donc pas exactement au délai entre deux courses réalisées. La multiconnexion complique encore l'interprétation : un chauffeur peut apparaître en attente sur une application alors qu'il exécute une prestation obtenue ailleurs.

La série 2021-2025 doit également être lue avec prudence : les plateformes diffèrent par leur taille, leur implantation et leur clientèle, et toutes ne disposent pas du même historique ni de tous les indicateurs. Avant toute comparaison longue, vérifier les années disponibles, le périmètre, la méthode et les éventuelles ruptures de série. Le prochain jalon utile sera la publication annuelle suivante de l'ARPE et, en amont, celle des données par les plateformes.