Les plateformes concernées doivent publier sur leur site, le 1er mars, les indicateurs réglementaires calculés sur l’année civile précédente. L’ARPE s’appuie ensuite sur ces publications pour son analyse sectorielle. Pour comparer les chiffres, commencez par distinguer la mesure publiée par la plateforme de l’indicateur calculé par l’autorité.
Les indicateurs de l’article R. 1326-5 comprennent la durée et le revenu moyens par prestation, l’attente moyenne avant proposition, ainsi que des durées et revenus moyens hebdomadaires et mensuels par catégories de volume. Leur calendrier figure à l’article R. 1326-8. L’analyse ARPE 2026 retient cinq indicateurs ; sa sélection ne remplace pas la liste réglementaire.
Les indicateurs à distinguer, et ce qu’ils décrivent
- Revenu par course : montant moyen par prestation, à rapprocher de sa durée.
- Revenu horaire brut en course : revenu rapporté au temps en course ; il ne mesure ni le revenu net après charges ni toute l’amplitude de travail.
- Revenu horaire ajusté à l’inflation : indicateur destiné à comparer le pouvoir d’achat du revenu dans le temps.
- Durée moyenne des prestations : durée des courses selon la définition retenue.
- Attente entre deux propositions : indicateur distinct, qui ne doit pas être assimilé à l’ensemble des périodes sans passager ou hors connexion.
Un revenu moyen par course peut augmenter alors que le revenu horaire en course diminue si la durée des prestations augmente davantage. Une attente plus longue pèse, elle, sur le revenu rapporté à l’ensemble du temps mobilisé ; elle ne réduit pas mécaniquement le ratio calculé sur les seules heures en course. Comparez toujours des dénominateurs identiques.
Ce que la publication ne permet pas de conclure
Une moyenne ne décrit ni la dispersion, ni la situation d’un chauffeur donné. Deux plateformes peuvent afficher des moyennes proches avec des réalités très différentes selon les zones, les créneaux et les frais supportés par le chauffeur. La publication annuelle donne une photographie sectorielle ; elle ne remplace pas le compte d’exploitation individuel.
De même, une variation d’une année à l’autre doit être lue avec la prudence habituelle : changement de périmètre, de définition ou de plateformes participantes. Avant de parler de tendance, il faut une série comparable.
Comment lire la publication sans se tromper
Trois contrôles suffisent. D’abord, identifier la période et le périmètre couverts. Ensuite, vérifier la définition exacte de chaque indicateur dans la note méthodologique. Enfin, rapprocher le chiffre de la source primaire et de sa date, car l’analyse de l’ARPE retraite des données déclarées et non des comptes audités.
Si la donnée que vous cherchez n’est pas publiée — une ventilation par zone ou par créneau, par exemple — dites-le explicitement plutôt que d’extrapoler. Le lecteur doit pouvoir remonter à la donnée primaire et comprendre ce qui relève du chiffre déclaré, du retraitement et de l’analyse.
Transparence déclarée et comptes individuels
Les indicateurs publiés sont des agrégats déclarés, retraités par l’autorité ; ils ne sont pas des comptes audités par chauffeur. Le professionnel ne doit pas y chercher sa propre réalité, mais une référence pour situer son activité et engager le dialogue avec la plateforme.
Cette transparence sert aussi la négociation : un chauffeur qui connaît la définition des indicateurs peut demander à sa plateforme de préciser, pour son propre compte, les mêmes grandeurs — revenu par course, revenu horaire, temps d’attente — et comparer l’écart à la moyenne publiée. C’est la traduction opérationnelle de la transparence, plus utile qu’une lecture passive du rapport annuel.
La série qui permet de parler de tendance
Une publication isolée ne suffit pas : la tendance se lit sur plusieurs exercices, avec des définitions et un périmètre stables. Avant de conclure à une amélioration ou à une dégradation, vérifiez que les plateformes couvertes et la définition de chaque indicateur n’ont pas changé entre deux éditions.
Si une définition évolue, la comparaison directe est trompeuse. Conservez les notes méthodologiques successives et mentionnez explicitement toute rupture de série. Le lecteur doit pouvoir distinguer ce qui est une évolution réelle du marché et ce qui est un artefact de mesure.
La question à poser et le suivi
Pour toute comparaison engageante, demandez par écrit la définition et le périmètre de l’indicateur utilisé, et conservez l’URL de la publication avec sa date de consultation. Vérifiez les obligations exactes de transmission et de publication auprès de l’ARPE et sur Légifrance, car le périmètre peut évoluer.
Le suivi tient sur une ligne : indicateur, définition, période, périmètre et prochaine publication. C’est ce réflexe qui transforme la transparence publiée en information réellement utilisable.
